Néo-Bordelais : 12 choses qui agacent (gentiment) les Bordelais

par BORDEAUX CONFIDENTIEL | Oct 26, 2026 | LES INCONTOURNABLES

Tu viens d'emménager à Bordeaux. Tu as trouvé une échoppe (enfin, un deux-pièces au-dessus d'un kebab, mais avec une cheminée en marbre), tu as acheté un vélo, tu connais déjà le nom de trois cavistes. Bienvenue. Sincèrement. Mais avant de te lancer dans la vie bordelaise, il faut que tu saches une chose : le Bordelais t'observe. Il ne dira rien, ou presque. Il est poli, un peu réservé, élevé dans la pierre blonde et le non-dit. Mais certaines phrases, certains réflexes le font grincer des dents. Voici, sans filtre et avec beaucoup de tendresse, ce qui agace les Bordelais de longue date chez les nouveaux venus.

Un peu de contexte : 2017, l'année où Paris s'est rapproché

Le 2 juillet 2017, la LGV Sud Europe Atlantique met Paris à un peu plus de deux heures de Bordeaux. Pour beaucoup de Parisiens, la ville devient soudain une évidence : plus de soleil, plus d'espace, du vin à chaque coin de rue et un TGV pour rentrer voir les copains. Les arrivées s'accélèrent, les prix de l'immobilier s'envolent, et la ville qui se moquait d'elle-même en se surnommant la belle endormie se retrouve classée parmi les plus désirables de France.

Il y a eu des crispations, parfois franchement pas glorieuses : des tags anti-Parisiens sur quelques murs, des conversations de comptoir sur les loyers qui flambent. Rassure-toi, l'immense majorité des Bordelais n'en est pas là. Ils râlent, simplement. Et ils râlent surtout pour les raisons qui suivent.

1. Dire « pain au chocolat »

On commence par le plus évident, et le plus sérieux. Ici, on dit chocolatine. Ce n'est pas un débat, c'est une frontière. Tu peux dire pain au chocolat dans le secret de ta cuisine, entre adultes consentants. Mais à la boulangerie, devant témoins, c'est un aveu. La boulangère te servira, avec un sourire qui en dit long.

2. Demander un sac

Même combat : à Bordeaux, on demande une poche. « Vous voulez une poche ? » n'a rien d'une proposition indécente, c'est la question la plus banale du Sud-Ouest. Apprends aussi gavé (très, beaucoup : c'est gavé bien), et tu auras fait la moitié du chemin vers l'intégration.

3. Écrire « cannelé » avec deux n

Le canelé de Bordeaux s'écrit avec un seul n. C'est la confrérie du Canelé de Bordeaux qui l'a fixé en 1985, pour distinguer la spécialité locale de ses imitations. Et pendant qu'on y est : un canelé, ça ne se mange pas tiède et mou au fond d'un sachet de gare. Croûte caramélisée, presque craquante, cœur fondant parfumé au rhum et à la vanille. Le reste, c'est de la contrefaçon.

4. Comparer avec Paris à chaque phrase

« C'est fou, à Paris ça coûterait le double. » « À Paris, on n'a pas ça. » « C'est comme le Marais, mais en plus petit. » Le Bordelais entend ces phrases comme des compliments empoisonnés. Bordeaux n'est pas un petit Paris, ni un Paris au soleil. Elle a ses propres codes, son propre rythme, et elle n'a pas attendu le TGV pour exister. Ici, l'unité de mesure, ce n'est pas Paris. C'est le Bassin.

5. Parler de « la plage d'Arcachon »

Justement, le Bassin. On ne va pas « à la mer » ou « à Arcachon » comme on irait à Deauville. On va au Bassin. On va au Cap (sous-entendu Ferret, personne ne dit Cap-Ferret en entier). On va à l'océan quand on parle de Lacanau ou du Porge, parce que l'eau n'y a pas du tout la même humeur. Et l'été, le vrai Bordelais sait que la route du Cap un samedi à 11 heures relève de la punition divine. Il part à 8 heures, ou il ne part pas.

6. Croire qu'il fait beau tout le temps

C'est l'erreur classique de la première année. Oui, Bordeaux est plus ensoleillée que Paris. Mais elle est aussi océanique, humide, et il y pleut volontiers, parfois une semaine entière en novembre. Le Bordelais ne se plaint pas de la pluie : il la connaît. Ce qui l'agace, c'est le nouvel arrivant qui s'en étonne, en tongs, sous l'averse, cours de l'Intendance. Pour les jours gris, on t'a préparé notre guide de Bordeaux sous la pluie.

7. Dire que tu habites « Bordeaux » alors que tu vis à Mérignac

Ce n'est pas grave d'habiter Mérignac, Pessac, Talence ou Bègles. Au contraire, c'est souvent plus calme et plus abordable. Mais pour le Bordelais, Bordeaux s'arrête aux boulevards, et chaque commune de la métropole a son caractère. Dire que Caudéran est un quartier de Bordeaux, oui. Dire que le Haillan aussi, non. Et si tu veux savoir dans quel coin tu as vraiment atterri, notre classement sans filtre des quartiers devrait t'éclairer.

8. Découvrir la rive droite comme une terre inconnue

« Tu es déjà allé de l'autre côté ? C'est super en fait ! » Oui. Les Bordelais connaissent la Bastide, le Jardin botanique, Darwin, les Queyries. Longtemps, la rive droite a été boudée, c'est vrai, mais elle n'a pas attendu tes stories pour exister. Les anciens te parleront des usines, des chais et des cheminots qui y vivaient bien avant les rooftops.

9. Râler contre le tram (alors qu'on aurait pu avoir pire)

Le tram B bondé à 8 heures, la ligne A en panne un lundi matin, tout le monde y a eu droit. Mais le Bordelais de longue date se souvient du Bordeaux d'avant 2003, sans tram, avec ses quais transformés en parkings et ses bouchons interminables. Il a le droit de râler, lui : il a connu l'avant. Toi, tu es arrivé après la bataille, et quelle bataille. Si tu veux comprendre pourquoi Bordeaux a un tram et pas de métro, on te raconte l'histoire du métro VAL qui n'a jamais vu le jour.

10. Commander un rosé piscine en terrasse face au Grand Théâtre

Personne ne t'interdira le rosé. Mais dans une ville qui vit pour le vin, commander le blanc le moins cher de la carte avec trois glaçons, c'est un peu comme arriver à Naples et demander une pizza à l'ananas. Ose les bordeaux blancs, les clairets, les crémants de Bordeaux, demande conseil au caviste du quartier. Il adore ça, et c'est le meilleur moyen de te faire un ami.

11. Se baigner dans le Miroir d'eau

Les enfants qui y courent en été, c'est la joie de toute la ville. L'adulte en maillot de bain qui y fait des longueurs ou qui étend sa serviette dessus, beaucoup moins. Le Miroir d'eau, c'est deux centimètres d'eau et un reflet du palais de la Bourse. Ce n'est pas la piscine municipale. Pour nager, la piscine Judaïque ou Galin t'attendent.

12. Débarquer et vouloir tout changer

C'est peut-être le vrai fond du sujet. Le Bordelais n'a rien contre les nouveaux arrivants. Il a contre ceux qui arrivent en terrain conquis : ceux qui trouvent que la ville se couche trop tôt, que les gens sont froids, que tout est fermé le dimanche, et qui voudraient retrouver ici exactement ce qu'ils ont quitté. Bordeaux se mérite un peu. Elle est discrète au premier abord, puis elle ne te lâche plus.

Et pour être honnête...

Il faut bien l'avouer : le Bordelais pur jus est une espèce rare. Une bonne partie de ceux qui râlent aujourd'hui sont eux-mêmes arrivés de Toulouse, de Limoges, de Paris ou d'ailleurs il y a vingt ans. Les nouveaux venus ont aussi apporté des restaurants, des galeries, des bars, des idées et une énergie dont la ville avait bien besoin. Bordeaux s'est toujours construite avec ceux qui venaient d'ailleurs, marins, négociants, étudiants. Alors dis chocolatine, demande une poche, va au Bassin à 8 heures du matin, et dans deux ans c'est toi qui soupireras en entendant un touriste commander un pain au chocolat. Ce jour-là, tu seras Bordelais.

Le kit de survie du néo-Bordelais
Chocolatine, pas pain au chocolat
Une poche, pas un sac
Gavé : très, beaucoup
Canelé : un seul n
Le Bassin, le Cap, l'océan : trois destinations, trois humeurs
Pour le premier week-end : 50 choses à faire à Bordeaux au moins une fois dans sa vie