Jérôme Charbonnier est un artiste qui ne peint presque pas. Il prélève, il photographie, il assemble. Une feuille morte, une corolle de lys, une aile de papillon : autant de petits éléments organiques qu'il glane, isole sur fond noir, et réassemble pour donner naissance à des figures que la nature, elle, n'a jamais combinées de cette manière. À Bordeaux, on l'a remarqué au fil des expositions et des passages en galerie, et on n'a plus vraiment réussi à le perdre de vue.
Son style ?
Charbonnier travaille par prélèvement et assemblage. Il puise dans un vaste territoire d'images, récupère des fragments issus de temporalités différentes, de registres visuels qui ne se seraient jamais croisés ailleurs, et leur offre une nouvelle existence commune. Le résultat n'est plus tout à fait ce qu'on croyait reconnaître. C'est quelque chose d'autre, construit à la lisière de plusieurs mondes, où la lecture automatique de l'image se trouve court-circuitée.
Son matériau de prédilection, c'est le végétal. Feuilles d'automne aux teintes rousses, pétales de fleurs blanches, papillons aux ailes presque transparentes : Charbonnier déploie un véritable alphabet visuel à partir de la nature. Un renard surgit d'un amas de feuilles, une silhouette se devine entre deux corolles, une mâchoire se dessine au creux d'une nervure. Son bestiaire est entièrement construit à partir de fragments organiques qui, isolés sur fond noir, prennent un relief presque chirurgical.
Sa démarche n'a rien d'illustratif. Elle interroge un réflexe : pourquoi reconnaissons-nous un visage là où il n'y a que des courbes, un animal là où il n'y a que de la lumière et de la matière ? Charbonnier joue avec ce mécanisme pour mieux le déstabiliser. Ce qui semblait être une nature morte devient un portrait. Ce qui ressemblait à un portrait, vu de près, redevient une accumulation de pétales. L'œuvre se métamorphose en fonction de la distance à laquelle tu te tiens.
Ce que l'on aime chez lui ?
Ce qui frappe en premier, c'est la patience. Charbonnier ne signe pas un geste rapide, ne mise pas sur l'effet immédiat. Chaque composition suppose un temps de collecte, de tri, de tâtonnement avant que la figure émerge. Une feuille trop sombre fausse l'équilibre, une fleur trop ouverte casse la lecture. La démarche tient autant du naturaliste que du dessinateur, et c'est cette discipline qui finit par produire de la justesse.
On aime aussi son rapport au temps. Dans un monde saturé d'images rapides, conçues pour être consommées en une fraction de seconde, le travail de Charbonnier oblige à ralentir. Le regard ne se pose pas, il cherche. Tu fais un premier tour, tu crois avoir compris, et puis tu reviens sur une pièce que tu avais survolée et tu t'aperçois qu'il s'y passe quelque chose que tu n'avais pas vu. Devant un Charbonnier, tu ne consommes pas une image, tu la déchiffres.
Enfin, il y a cette manière de rendre hommage au monde végétal sans le forcer. Pas de discours écologique appuyé, pas de mise en scène militante. Juste une attention rare portée à ce que les autres écrasent ou balayent. Dans une époque dominée par le numérique et le synthétique, recomposer le réel à partir de feuilles ramassées au sol est presque un acte de résistance silencieuse.
Où le voir ?
Du 4 juin au 12 juillet 2026, Jérôme Charbonnier expose à la Galerie Magnetic, rue du Faubourg des Arts, pour son exposition personnelle « Contre-Formes ». Vernissage jeudi 4 juin, de 19h à 22h, entrée libre. C'est, à notre avis, le meilleur moment pour découvrir son travail en vrai, à grande échelle, dans les conditions où il prend toute sa mesure.










