BORDEAUX CONFIDENTIEL

Contre-Formes : Jérôme Charbonnier expose à la Galerie Magnetic dès ce jeudi

EXPOSITIONS, STREETART

Si tu n'as pas encore entendu parler de Jérôme Charbonnier, c'est le bon moment pour rattraper le coup. Ce jeudi 4 juin, de 19h à 22h, la Galerie Magnetic ouvre les portes de Contre-Formes, son exposition personnelle, rue du Faubourg des Arts, à deux pas de Saint-Michel. L'expo reste ensuite accrochée jusqu'au 12 juillet. À retenir si tu aimes l'art qui ne te mâche pas le travail.

Jérôme Charbonnier, le fragment comme matière première

Le principe de Charbonnier, c'est le prélèvement et l'assemblage. Il puise dans un vaste territoire d'images, récupère des fragments issus de temporalités différentes, de registres visuels qui ne se seraient jamais croisés ailleurs, et leur offre une nouvelle existence commune. Ce qu'on voit à l'arrivée n'est plus tout à fait ce qu'on croyait reconnaître. C'est quelque chose d'autre, construit à la lisière de plusieurs mondes, et c'est précisément là que ça devient intéressant.

Son travail s'inscrit dans une tradition du collage au sens large, pas le découpage-colle façon cahier de vacances, mais quelque chose de plus radical : une façon de court-circuiter la lecture automatique de l'image, de provoquer un décalage entre ce que l'œil identifie et ce que le cerveau finit par comprendre. Charbonnier joue avec cette tension, la tire, l'exploite, en fait le moteur de ses compositions. La question qu'il pose tient en une phrase : et si voir n'était plus reconnaître, mais recomposer ?

Le végétal comme alphabet visuel

Une grande partie du travail exposé dans Contre-Formes part de la matière végétale. Feuilles d'automne, pétales de lys, fleurs blanches, ailes de papillons : autant de petits éléments organiques que Charbonnier glane, photographie, isole sur fond noir et réassemble pour donner naissance à des figures qui ne devraient pas exister. Un renard surgit d'un amas de feuilles rousses. Une silhouette se devine entre deux corolles. Le bestiaire qu'il fait apparaître est entièrement construit à partir de fragments que la nature, elle, n'a jamais combinés de cette manière.

Cette démarche n'a rien d'illustratif. Elle interroge nos automatismes : pourquoi reconnaissons-nous un visage là où il n'y a que des courbes, un animal là où il n'y a que de la lumière et de la matière ? Le travail de Charbonnier joue avec ce réflexe pour mieux le déstabiliser. Ce qui semblait être une nature morte devient un portrait. Ce qui ressemblait à un portrait, vu de près, redevient une accumulation de pétales. L'œuvre se métamorphose en fonction de la distance à laquelle tu te tiens. Une exposition qui se promet à deux vitesses, donc : celle du regard global et celle du détail.

Contre-Formes : ce que tu vas voir et ce que tu vas ressentir

Le titre dit beaucoup. Contre-Formes, c'est l'idée d'une résistance à la forme attendue, au cadre, à la lisibilité immédiate. Dans un monde saturé d'images rapides, conçues pour être consommées en une fraction de seconde, le travail de Charbonnier invite à ralentir. Le regard ne se pose pas, il cherche. Des imaginaires surgissent là où on ne les attendait pas, des silhouettes se devinent, des espaces s'ouvrent entre les couches. Le galeriste prévient : ici, le regard ne s'effeuille jamais entièrement, et c'est tout l'enjeu.

C'est le genre d'exposition qui ne révèle pas tout d'un coup. Tu fais un premier tour, tu crois avoir compris, et puis tu reviens sur une pièce que tu avais survolée et tu t'aperçois qu'il s'y passe quelque chose que tu n'avais pas vu. Une feuille morte qui devient un œil, une corolle qui dessine une mâchoire, une nervure qui trace une ligne d'épaule. Pour ça, ça vaut le coup d'y aller en vrai plutôt que de faire défiler les photos sur Instagram. Une règle qui vaut, soit dit en passant, pour la quasi-totalité des expositions qu'on couvre ici.

La Galerie Magnetic, un lieu qui compte dans la scène bordelaise

Si tu ne connais pas encore la Galerie Magnetic, c'est l'occasion de t'y mettre. Portée depuis 2013 par le Pôle Magnetic, fondé par Pierre Lecaroz, la galerie est entièrement dédiée à la scène urbaine et contemporaine bordelaise. Elle accompagne les artistes émergents et installés, monte des productions originales, des parcours street art dans la ville, des programmes pédagogiques pour les scolaires comme pour les curieux de tout âge, et défend une vraie idée de l'art qui dialogue avec la rue.

Accueillir Jérôme Charbonnier dans ce contexte, c'est cohérent. Son travail sur les formes, les fragments et les temporalités prolonge exactement la conversation que la galerie entretient depuis plus de dix ans entre la rue, l'atelier et les murs blancs d'un espace d'exposition. Et il fait écho, à sa manière, à l'exposition d'Arthur Cruz qui occupait ces mêmes murs au printemps dernier : deux peintres qui interrogent le regard, l'un par le noir et blanc têtu, l'autre par la recomposition végétale. Au vernissage, tu vas croiser des collectionneurs, des artistes, des étudiants, et des gens qui ne sauront pas trop ce qu'ils sont venus voir. C'est souvent les meilleurs soirs.

Pourquoi y aller

  • parce que les expositions personnelles d'un artiste en pleine ascension, à Bordeaux, ça se loupe vite,
  • parce que le travail sur les formes et les fragments, vu en grand format et en vrai, n'a rien à voir avec ce qu'on peut entrevoir sur un écran,
  • parce que la Galerie Magnetic est l'un des lieux les plus solides de la scène contemporaine bordelaise et qu'un vernissage là-bas, c'est rarement une mauvaise soirée,
  • parce que c'est gratuit, qu'il y aura un verre, et que tu repartiras avec dans la tête quelques images dont tu ne te débarrasseras pas tout de suite.

Contre-Formes, Jérôme Charbonnier
Vernissage jeudi 4 juin, de 19h à 22h
Exposition jusqu'au 12 juillet 2026
Galerie Magnetic, 16 rue du Faubourg des Arts, 33000 Bordeaux
Téléphone : 07 44 82 59 54
www.polemagnetic.fr
Entrée libre

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