Le street art, c’est d’abord un cri. Un souffle venu des États-Unis à la fin des années 60. Des artistes anonymes prennent les murs pour toile, les bombes de peinture pour pinceaux. Là où certains voyaient du vandalisme, eux voyaient une nécessité : reprendre possession de l’espace urbain, redonner une âme aux villes et rendre l’art accessible à tous. Depuis, le street art a grandi, s’est diversifié, a conquis les capitales du monde entier… et bien sûr, Bordeaux.
Dans notre ville, les murs parlent. Ils s’habillent de couleurs, de formes, de messages, de jeux visuels. Et tu t’es peut-être déjà demandé : comment ces œuvres sont-elles réalisées ? Quels sont les outils, les techniques derrière ces fresques, ces collages, ces stickers ou ces immenses visages en noir et blanc ?
Voici un tour d’horizon des techniques de street art que tu peux retrouver dans les rues de Bordeaux.
Le collage : simple sur le papier, technique dans la rue
On pourrait croire que coller une feuille sur un mur, c’est facile. Mais les street artistes te diront le contraire.
Le collage, c’est avant tout l’art d’adapter un visuel préparé à l’atelier à un support urbain irrégulier, vivant, changeant. Il faut choisir le bon papier (ni trop poreux, ni trop rigide), fabriquer une colle sur mesure, et surtout adapter l’affiche aux moindres aspérités du mur. L’artiste doit souvent travailler vite, la nuit, avec précision et sûr de son geste.
Les « colleurs » aiment les formats grandeur nature et les visuels forts, percutants, souvent engagés. Certains collages bordelais durent plusieurs semaines, d’autres quelques heures, mais tous ont ce petit quelque chose d’éphémère et de vivant.
La lacération : déchirer pour révéler
Avec la lacération, les artistes jouent les chirurgiens de la rue. Ils s’attaquent à des couches d’affiches superposées et, en les grattant, déchirant, incisant, ils font surgir une autre image. C’est l’art du mille-feuille visuel.
Un mur d’affichage devient un champ de création, où chaque coup de cutter raconte une nouvelle histoire. Ce qui était banal devient unique. Ce qui était publicitaire devient artistique.
Dans les rues de Bordeaux, certains panneaux d’affichage sont devenus des terrains de jeu privilégiés pour ces lacérateurs d’images. Regarde bien, tu pourrais découvrir des visages, des formes ou des messages, nés d’un simple déchirement.
Le lettrage : le style dans les lettres
Dans le street art, le lettrage, c’est une discipline à part entière. Ici, l’artiste devient « writer« . Il déforme, tord, stylise les lettres pour créer un univers graphique qui lui est propre.
Chaque writer a son style de lettrage : pointu, fluide, explosif ou minimaliste. Le lettrage peut être lisible ou codé, coloré ou en noir et blanc, mais il est toujours un marqueur d’identité. Certains writers bordelais sont reconnaissables au premier coup d’œil.
Prépare-toi à lever les yeux. Parfois, c’est en hauteur, sur un toit ou une passerelle, que les mots prennent vie.
Le pochoir : rapide, précis, puissant
Le pochoir est l’une des techniques les plus anciennes et les plus emblématiques du street art. L’idée ? Découper un motif dans un support rigide, le positionner contre un mur, puis appliquer la peinture pour laisser la forme apparaître.
Ce qui semble simple peut devenir très complexe : superposition de pochoirs pour créer des effets d’ombres, de perspectives, de profondeur. Le pochoir est souvent choisi pour sa rapidité d’exécution, très utile quand l’intervention est clandestine.
Dans les rues de Bordeaux, tu verras souvent des portraits, des slogans ou des symboles réalisés en pochoir. C’est éloquent, percutant, souvent politique.
Le sticker : petit format, grand impact
Tu en vois partout. Sur les panneaux, les dos de panneaux de signalisation, les boîtes aux lettres, les vitrines… Le stickerest la méthode furtive par excellence.
🌊 Né aux États-Unis, le sticker art commence par des autocollants faits maison, collés en série, pour signer son passageou diffuser un message. Aujourd’hui, certains artistes bordelais en ont fait une véritable identité visuelle.
Tu remarqueras peut-être que certains stickers sont difficilement collables sur le mobilier urbain. C’est volontaire ! Les mairies ajoutent parfois du sable dans les peintures pour limiter l’adhérence… mais les artistes trouvent toujours une astuce.
Le street art monumental : XXL et bluffant
Ici, on parle de très (très) grand format. Le street art monumental s’affiche sur les pignons d’immeubles, les parkings, les ponts. Il joue avec les volumes, les perspectives, et parfois avec les illusions d’optique.
Les artistes qui pratiquent cette technique n’ont pas peur du vide ni de la hauteur. Ils utilisent nacelles, cordes ou échelles pour créer des fresques qui se voient depuis l’autre bout du quartier.
La mosaïque : l’art pixel par pixel
Tu te souviens du jeu vidéo Space Invaders ? C’est grâce à lui que la mosaïque a retrouvé une place dans le street art contemporain.
Cette technique ancienne, qui remonte à l’Antiquité, est revisitée par des artistes qui collent sur les murs des petits carreaux de céramique pour créer des personnages, des objets ou des symboles. L’esthétique est pixelisée, ludique, mais le travail est méticuleux et exigeant.
Tu peux en repérer dans Bordeaux si tu ouvres l’œil. Certains sont bien cachés…
Le street art à Bordeaux, ce n’est pas une seule manière de faire, mais une multitude de techniques, de talents, de styles. Chaque artiste a ses préférences, ses méthodes, ses matériaux. Parfois, ils les mêlent, les hybrident, les font évoluer.
Et toi, en arpentant les rues de la ville, tu deviens spectateur de cette diversité. Alors la prochaine fois que tu croises une fresque, un collage ou un sticker… demande-toi comment ça a été fait. Et surtout, prends le temps de l’admirer.
Bordeaux est un musée à ciel ouvert. Et tu en es le visiteur privilégié.



























