Il y a à Bordeaux des musées qui te racontent autant d'histoires par leurs murs que par leurs collections. Le madd-bordeaux, le musée des Arts décoratifs et du Design, fait partie de cette famille-là, mais il va encore plus loin : il te fait passer, dans la même visite, d'un hôtel particulier du XVIIIᵉ siècle à une prison du XIXᵉ, avant de te projeter dans le design contemporain le plus pointu. Et depuis le 22 avril 2026, il vient tout juste de rouvrir ses portes après trois ans de chantier.
Autant te dire tout de suite : il ne ressemble à aucun autre musée de la ville. Voici pourquoi il mérite de figurer tout en haut de ta liste, entre incontournable et secret bien gardé.
Un hôtel particulier construit en 1778… pour un parlementaire fortuné
Le cœur historique du musée, c'est l'hôtel de Lalande. Il a été construit en 1778 par l'architecte bordelais Étienne Laclotte pour Pierre de Raymond de Lalande, un conseiller au parlement de Bordeaux qui faisait partie des grandes fortunes de la ville. À l'époque, les parlementaires bordelais se font construire des demeures qui affichent leur rang, et celle-ci est rapidement considérée comme l'un des plus beaux hôtels particuliers de la ville.
Le hic, c'est que l'hôtel ne reste dans la famille que quelques décennies. Dès 1828, les héritiers le cèdent, et le bâtiment change plusieurs fois de mains au fil du XIXᵉ siècle. Jusqu'en 1880, où la Ville de Bordeaux le rachète. Mais elle ne le rachète pas pour en faire un musée : elle y installe ses services de police et le contrôle des mœurs. Oui, tu as bien lu. L'un des plus beaux hôtels de Bordeaux devient un commissariat.
1886 : une prison s'installe discrètement à l'arrière
C'est là que l'histoire devient vraiment savoureuse. En 1886, la Ville fait construire, à l'emplacement de l'ancien jardin de l'hôtel, un bâtiment carcéral adossé à la demeure : une prison. Elle vient compléter les services de police installés dans l'hôtel, et va cohabiter pendant des décennies avec les activités municipales.
Pendant ce temps, en 1924, la Ville ouvre au rez-de-chaussée de l'hôtel de Lalande un Musée d'Art ancien. Il sera rebaptisé Musée des Arts décoratifs en 1955, puis Musée des Arts décoratifs et du Design en 2013 quand le design contemporain entre officiellement dans la programmation. Entre temps, en 1964, les services de police quittent définitivement les lieux. La prison, elle, continue à fonctionner encore quelques années, avant d'être désaffectée.
À partir de 1979, l'ancienne prison, avec ses couloirs, ses cellules et ses portes blindées, devient un lieu de stockage : on y entrepose les réserves du musée. Ce n'est qu'en 2017 qu'elle s'ouvre enfin au public, le temps d'expositions temporaires qui vont tout changer. Les Bordelais découvrent alors que derrière les salons du XVIIIᵉ siècle se cache un univers carcéral resté quasiment intact. En 2018, les deux bâtiments, l'hôtel et la prison, sont classés ensemble Monuments Historiques. Ils se trouvent aussi dans le périmètre UNESCO du Port de la Lune, inscrit au patrimoine mondial depuis 2007.
14 millions d'euros et trois ans de travaux pour faire dialoguer histoire et design
En mai 2023, le musée ferme pour une rénovation d'ampleur. Le chantier est confié à Antoine Dufour Architectes, retenu dès 2019, et mobilise un budget total de 14,14 millions d'euros HT, porté par la Ville de Bordeaux, l'État (Fonds vert, DSIL, DRAC), la Région Nouvelle-Aquitaine, des mécènes privés et l'Europe via le FEDER.
L'objectif n'est pas seulement de rafraîchir les peintures. Il s'agit de réinventer complètement la scénographie et les usages, avec quelques marqueurs forts :
- une accessibilité totale (100 % du musée accessible, deux nouveaux ascenseurs installés),
- une réduction de 40 % des consommations énergétiques, éclairage 100 % LED,
- un engagement fort sur le réemploi : 200 tonnes de matériaux réutilisés, dont 85 % directement au sein du musée,
- la transformation de l'ancienne prison en véritable espace d'exposition permanent, avec des cellules reconverties en salles dédiées au design contemporain.
L'effet est saisissant. Tu passes d'un salon en parquet Versailles avec boiseries dorées du XVIIIᵉ à une cellule aux murs épais, à la porte métallique d'origine, aux serrures anciennes soigneusement conservées… dans laquelle tu découvres une chaise iconique du XXᵉ siècle ou un objet signé d'un designer d'aujourd'hui. Cette tension visuelle entre contrainte carcérale et liberté créative est ce qui fait l'identité unique du madd-bordeaux.
Ce qui rouvre le 22 avril 2026 (et ce qui attend encore en 2027)
La réouverture se fait en deux temps, et il faut le savoir pour bien préparer ta visite :
- depuis le 22 avril 2026 : l'aile Boulan est rouverte, avec l'accueil, la boutique, le restaurant, les nouveaux espaces d'exposition et surtout l'ancienne prison entièrement accessible,
- courant 2027 : réouverture de l'hôtel particulier lui-même, avec un tout nouveau parcours muséographique et la remise en scène des pièces d'apparat.
Autrement dit, en avril 2026 tu peux déjà vivre l'expérience la plus spectaculaire du musée : la visite de l'ancienne prison réinvestie par le design. Et tu reviendras en 2027 pour découvrir les salons restaurés. Deux visites plutôt qu'une, ce n'est pas un défaut, c'est une opportunité.
Infos pratiques
- Adresse : 39 rue Bouffard, 33000 Bordeaux
- Nom officiel : madd-bordeaux (musée des Arts décoratifs et du Design)
- Statut : rouvert partiellement depuis le 22 avril 2026 (aile Boulan + ancienne prison)
- Réouverture complète : courant 2027 (hôtel de Lalande restauré)
- Classement : hôtel particulier et ancienne prison classés Monuments Historiques depuis 2018, situés dans le périmètre UNESCO du Port de la Lune
- À savoir : le restaurant et la boutique sont accessibles dès l'entrée, pratique pour prolonger la visite





