Il y a des rendez-vous qu'on ne rate pas quand on aime le vin, l'histoire et les vieilles pierres. La Fête de Printemps de la Jurade de Saint-Émilion en fait partie. Célébrée chaque année le troisième week-end de juin, elle plonge la cité médiévale dans un cérémonial hérité du XIIᵉ siècle, quand Jean sans Terre confia aux jurats l'administration des vins et la garde des us et coutumes locales. En 2026, c'était le samedi 20 juin pour la soirée d'intronisations. On y était, on te raconte.
19h : l'apéro d'accueil, robes rouges et coupes qui tintent
Tout commence à la tombée du jour. L'accueil est fixé à 19h, autour d'un apéritif dans un cadre patrimonial qui donne immédiatement le ton : boiseries, drapeaux, coupes qui tintent, et surtout ces robes rouges emblématiques des membres de la Jurade, qui circulent entre les invités comme des cardinaux du vin. Le temps de la première gorgée, on aperçoit les nouveaux dignitaires en attente de leur intronisation, l'équipe organisatrice qui s'affaire aux derniers réglages, et une jolie assemblée de vignerons venus de toute l'appellation. L'ambiance est détendue, la conversation déjà lancée, et l'on comprend vite que la soirée ne va pas traîner à monter en intensité.
20h : les intronisations, un serment pour la vie
Vers 20h, la cérémonie officielle s'ouvre avec les intronisations. De nouveaux dignitaires prêtent serment, reçoivent leur diplôme et deviennent officiellement ambassadeurs des vins de Saint-Émilion, pour la vie. Ce n'est pas un titre honorifique de plus, c'est une charge : celle de porter la parole du vignoble partout où l'on ira désormais. Le moment est solennel, légèrement théâtral, et pour tout dire assez émouvant : voir des vignerons ou des amoureux du vin franchir cette étape rappelle que Saint-Émilion, ce n'est pas qu'un vignoble, c'est une communauté qui se transmet et qui se reconnaît dans ses rituels.
21h : le dîner, entre solennité et convivialité
À 21h, direction la salle de dîner. Menu à la hauteur de l'occasion, accords servis par les vignerons eux-mêmes, discours mesurés, rires francs entre deux verres. L'ambiance est celle d'un club qui s'agrandit d'une génération à chaque printemps, dans un mélange assez rare de solennité et de convivialité. On y croise des figures historiques du vignoble, des jeunes vignerons fraîchement installés, quelques ambassadeurs venus de l'étranger, et une brochette d'amoureux du vin de tous horizons. Les verres se remplissent, les cartes de visite s'échangent, les conversations se prolongent bien au-delà du dessert. Autant dire qu'on ne s'y ennuie pas.
Une tradition qui dit quelque chose de Saint-Émilion
La Jurade est née en 1199, par lettre patente du roi d'Angleterre Jean sans Terre. Huit siècles plus tard, elle reste l'une des plus anciennes confréries vineuses du monde, et son rôle a évolué avec le vignoble. La Fête de Printemps, elle, colle au cycle de la nature : elle est fixée au moment où la fleur se transforme en grain, où le vigneron cesse de trembler pour la première partie de la saison et se met à espérer pour la seconde. C'est un rituel agricole autant qu'un rituel patrimonial. Il rappelle que le vin n'est pas d'abord un produit, mais un lien entre une terre, des hommes et un calendrier.
Le dimanche prolonge la fête par une partie publique, ouverte à tous : cortège en robes rouges vers l'église collégiale, proclamation du Jugement du Vin Nouveau depuis la Tour du Roy, verre de l'amitié dans la cour de l'ancienne école. À l'automne, la Jurade remettra ça pour le Ban des Vendanges, l'autre grand temps fort de son année, quand les jurats donneront officiellement le coup d'envoi de la récolte. Si tu n'y étais pas cette année, note-le pour 2027 : le troisième week-end de juin, à Saint-Émilion, il se passe quelque chose qu'on ne raconte pas correctement en photos. Il faut y être.
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