Il y a des sorties vélo qu'on fait pour parler, et il y a des sorties vélo qu'on fait pour se taire. Celle-ci est de la deuxième catégorie. La voie verte Roger-Lapébie, c'est trente-cinq kilomètres aller-retour, sur l'ancienne ligne de chemin de fer Bordeaux-Eymet désaffectée, qui te sort de la ville par la rive droite et te conduit, en faux plat, jusqu'au village rond de Créon. Une voie sans voiture, presque sans bruit, où tu pédales avec rien d'autre que le grincement de la chaîne et le vent dans les feuilles. Le bon plan quand tu as besoin de rouler la tête vide.
1. Pont de Pierre : le point de départ
Tu pars du pont de Pierre, côté rive gauche, et tu le traverses tranquillement. Depuis sa fermeture aux voitures, c'est un grand boulevard cyclable, et c'est un beau prélude à la balade : tu quittes le centre médiéval, tu passes au-dessus de la Garonne, et tu sens déjà que tu changes d'air. Une fois sur la rive droite, tu descends sur les berges en direction de Bouliac. Quelques kilomètres tranquilles le long du fleuve, et tu attaques l'arrière-pays.
2. Latresne : l'entrée officielle de la voie verte
Sept kilomètres après ton départ, tu arrives à Latresne. C'est ici que commence officiellement la voie verte Roger-Lapébie, du nom du coureur cycliste girondin vainqueur du Tour de France 1937. L'ancienne gare a été réhabilitée, il y a un point d'eau, des bancs, parfois un café. C'est l'endroit pour boucler ton lacet, vérifier la pression, et entrer dans la voie. À partir de là, tu ne croises plus de voitures sur la quasi-totalité du tracé.
3. Citon-Cénac : les premiers vignobles
Tu pédales dans un couloir d'arbres pendant trois ou quatre kilomètres, et la végétation s'ouvre. Tu arrives à Citon-Cénac. Premier basculement de paysage : la voie continue droit, mais autour de toi, ça devient de la vigne. Des rangs nets, des coteaux doux, des cabanons ici et là. Tu commences à comprendre que tu es vraiment sorti de la ville. C'est aussi à peu près le moment où ton cerveau se met à faire ce qu'il fait toujours en vélo après vingt minutes : rien. C'est l'effet recherché.
4. Le tunnel de Lignan-de-Bordeaux
Vers le quinzième kilomètre, tu arrives au tunnel de Lignan-de-Bordeaux. C'est l'une des particularités de la voie : le tracé ferroviaire d'origine traversait la colline en tunnel, et l'ouvrage a été conservé. Cinq cents mètres dans la pénombre, frais en été, presque silencieux, avec juste l'écho de ton pneu sur le bitume. Tu en sors un peu surpris, comme si tu avais traversé une parenthèse. Tu allumes ton éclairage avant d'entrer, c'est obligatoire et c'est plus rassurant.
5. Créon, le terminus
Tu termines à Créon, dix-huit kilomètres après ton départ de Pont-de-Pierre. C'est une bastide médiévale du XIVᵉ siècle, organisée autour d'une place ronde rare en France, avec des couverts, une halle, quelques cafés. Tu poses ton vélo, tu prends une bière ou un café à la terrasse, tu regardes les autres cyclistes arriver. La voie continue ensuite vers Sauveterre-de-Guyenne pour ceux qui veulent pousser jusqu'à cinquante kilomètres dans la journée. Pour cette balade, on s'arrête là, et on repart en sens inverse, dans la même direction sauf que cette fois, tu connais déjà la route et tu peux vraiment ne penser à rien.
Pourquoi cette balade marche en solo
Parce qu'elle est longue sans être dure. Parce qu'elle est régulière, pas de relances, pas de relances dans les jambes ni dans la tête. Parce qu'elle alterne ville, fleuve, vigne, forêt et tunnel sans jamais te demander de réfléchir à un changement de direction. Et surtout parce qu'elle est suffisamment isolée pour que tu n'aies pas besoin de parler à quiconque pendant trois heures, mais suffisamment fréquentée pour que tu ne te sentes jamais seul. Un compromis rare, et probablement la meilleure façon de respirer un dimanche.
Cette balade fait partie de notre série Bordeaux à vélo. Tu peux y retrouver la balade en famille et la balade en amoureux pour compléter ta collection.





